L’Égypte durcit sa doctrine sur la mer Rouge. Le 4 octobre 2026, elle a réuni à New Alamein l’Érythrée, le Soudan et la Somalie, qui ont affirmé ensemble que la sécurité et la gouvernance de cette mer relevaient des États riverains. Le 8 octobre, à Séoul, le président Abdel Fattah Al-Sissi l’a répété. Le message vise l’Éthiopie, privée d’accès à la mer, dont le Premier ministre Abiy Ahmed réclame un débouché maritime.
La déclaration d’Alamein, publiée par la présidence égyptienne, affirme à la fois la liberté de navigation et la responsabilité des riverains, et prévoit un mécanisme de suivi. À Séoul, aux côtés du président sud-coréen Lee Jae-myung, Al-Sissi a rejeté tout arrangement d’accès maritime qui compromettrait la souveraineté ou l’intégrité territoriale des pays côtiers.
Mer Rouge : une doctrine construite pas à pas
La position n’est pas nouvelle. Le 16 mai 2026, l’Égypte et l’Érythrée ont signé à Asmara un accord de coopération maritime. Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Badr Abdelatty, avait alors affirmé que la sécurité de la mer Rouge relevait exclusivement des États riverains. Les participants au sommet ne sont d’ailleurs pas tous riverains au sens strict : la Somalie borde le golfe d’Aden et l’océan Indien, pas la mer Rouge.
Cette responsabilité exclusive reste une position diplomatique. Elle ne traduit ni un contrôle effectif de la mer Rouge, ni une règle acceptée par tous les acteurs, à commencer par les puissances qui y croisent pour protéger le commerce maritime.
Le Nil dans la même déclaration
Le texte d’Alamein traite aussi des fleuves transfrontaliers, et d’abord du Nil. Les signataires défendent la notification préalable et l’obligation de ne pas nuire aux pays situés en aval, et rejettent les actions unilatérales. L’Égypte et le Soudan réclament toujours un accord juridiquement contraignant sur le fonctionnement du Grand barrage de la Renaissance, construit par l’Éthiopie sur le Nil Bleu. Le Caire a démenti tout compromis qui échangerait un accès à la mer contre une position plus souple sur le barrage, selon l’agence égyptienne MENA.
En liant mer Rouge et Nil, Le Caire renforce sa coalition, mais réunit deux différends en un seul affrontement stratégique avec Addis-Abeba, ce qui rend chaque compromis plus difficile.
L’Éthiopie veut toujours son port
Privée d’accès à la mer depuis l’indépendance de l’Érythrée en 1993, l’Éthiopie présente cet accès comme une question vitale. Le 5 octobre 2026, devant le Parlement, Abiy Ahmed a réaffirmé sa volonté d’obtenir un débouché maritime par la négociation, selon l’Associated Press. Le ministère éthiopien des Affaires étrangères a demandé que la proximité géographique du pays soit prise en compte, et rappelé que le Nil Bleu prend sa source en Éthiopie.
Le contexte est tendu : l’Éthiopie et l’Érythrée ont rompu leurs relations diplomatiques le 1er octobre, et Addis-Abeba accuse Le Caire de soutenir les rebelles tigréens, selon l’AFP. Une sortie par le haut supposerait de négocier des objets concrets, accès portuaire, transit, garanties de sécurité, sans toucher à la souveraineté des riverains.
Sources
- Présidence égyptienne, déclaration d’Alamein, 4 octobre 2026, et discours de Séoul, 8 octobre 2026.
- Associated Press, 5 octobre 2026 ; Sudan Tribune, 5 octobre 2026 ; APA News, 8 octobre 2026 ; AFP, 3 octobre 2026 ; Afrik.com, mai 2026.
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