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Cameroun : téléphone bloqué, 33,33 % aux Douanes via l’IMEI

Kiosque MTN Mobile Money au Cameroun, où un téléphone bloqué pour défaut de dédouanement perd l'accès au réseau

Un téléphone bloqué au Cameroun n’est ni une carte SIM désactivée ni une taxe nouvelle apparue en septembre. C’est l’IMEI de l’appareil, son identifiant unique à quinze chiffres, qui est refusé par le réseau lorsqu’il n’apparaît pas dans la base douanière. Le dispositif, annoncé par la Direction générale des Douanes, lie désormais la fiscalité à l’accès au réseau mobile : un terminal importé sans dédouanement peut continuer à fonctionner en Wi-Fi, mais plus sur les réseaux de MTN Cameroun, d’Orange Cameroun ou de Camtel.

Un déploiement par étapes, du 1er avril au 1er septembre 2026

Le mécanisme s’est mis en place en plusieurs temps. Le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, avait annoncé que le dédouanement des téléphones, tablettes et terminaux numériques s’effectuerait exclusivement par voie électronique à partir du 1er avril 2026, via la plateforme douanière CAMCIS. Les appareils déjà connectés au réseau local avant cette date bénéficient d’une amnistie fiscale : ils ne sont pas concernés par le blocage.

Le 19 mai 2026, le directeur général des Douanes, Fongod Edwin Nuvaga, a ordonné à Camtel, MTN Cameroun et Orange Cameroun de bloquer à partir du 25 mai les terminaux importés non répertoriés. Selon les Douanes, près de 700 000 téléphones s’étaient connectés pour la première fois au réseau entre le 1er et le 25 avril 2026 sans avoir été dédouanés. Les opérateurs ont soulevé des difficultés techniques : blocage automatique, IMEI multiples ou falsifiés, gestion des réclamations, réactivation des lignes après paiement. Après plusieurs réunions, le ministre des Finances a fixé au 1er septembre 2026 la date du blocage effectif sur l’ensemble du territoire. En août encore, les Douanes annonçaient la poursuite de la campagne de sensibilisation et l’application stricte du mécanisme.

Il est donc plus exact de parler d’un déploiement progressif que d’une mesure née le 1er septembre : le blocage avait été annoncé pour le 25 mai, puis généralisé à la rentrée.

Téléphone bloqué au Cameroun : comment le réseau le reconnaît

Lors de l’importation, les opérateurs économiques doivent déclarer la marque, le type et l’IMEI de chaque appareil. Les Douanes transmettent ensuite, par voie numérique, la base des terminaux régulièrement déclarés aux opérateurs de télécommunications. Lorsqu’un nouvel IMEI apparaît sur le réseau sans correspondance douanière, il peut être identifié comme non régularisé et suspendu. Les opérateurs mobiles deviennent ainsi un maillon technique du contrôle douanier.

Combien coûte la régularisation

Les Douanes ont publié une grille de huit catégories de téléphones, chacune dotée d’une valeur de référence. Ces valeurs vont d’environ 5 000 francs CFA pour les modèles les plus simples à 400 000 francs CFA pour les smartphones haut de gamme. Un taux global de 33,33 % s’applique à la valeur de référence pour déterminer les droits et taxes : pour une valeur de référence de 100 000 francs CFA, la régularisation revient à environ 33 330 francs CFA. Il s’agit d’une grille administrative, pas du prix payé en boutique. Un smartphone proposé 20 000 francs CFA moins cher qu’ailleurs peut donc devenir une mauvaise affaire si plusieurs dizaines de milliers de francs sont ensuite nécessaires pour le régulariser.

Vérifier avant d’acheter : *#06#

Chaque appareil affiche son IMEI en composant *#06# ; les téléphones à double carte SIM en ont généralement deux. Les Douanes recommandent aux acheteurs de vérifier gratuitement le statut douanier de l’appareil, avant ou après l’achat, en saisissant ce numéro sur le portail ou le service SMS mis en place, adossés à la plateforme CAMCIS. Le dédouanement peut ensuite se faire auprès de la Direction générale des Douanes ou via les plateformes agréées. Sur le marché informel ou auprès d’un revendeur non identifié, cette vérification compte désormais autant que la facture, la garantie ou l’état de la batterie.

Le consommateur hérite du problème de l’importateur

C’est la faiblesse la plus visible du système. Un acheteur peut avoir payé normalement son téléphone à un commerçant, puis découvrir que l’IMEI n’a pas été déclaré ou que les droits n’ont pas été acquittés. Techniquement, c’est son appareil qui perd l’accès au réseau. Le principe économique voudrait que le vendeur ou l’importateur assume les obligations liées à l’importation commerciale ; le blocage, lui, exerce sa pression directement sur le terminal détenu par l’utilisateur. Les professionnels du secteur y voient un transfert vers les utilisateurs finaux de frais qui incombent normalement aux importateurs. Les Camerounais les plus modestes, qui achètent des téléphones d’occasion non dédouanés, risquent de se retrouver sans accès au réseau, et certains appareils légitimes pourraient être bloqués par erreur. Le marché du smartphone d’entrée de gamme en Afrique, où se concentre la demande, est le premier exposé.

Ce que l’État attend du dispositif

Pour l’État, l’enjeu est budgétaire. Près de 4 millions de téléphones sont importés chaque année au Cameroun. Selon les Douanes, les recettes sur ces équipements sont tombées sous 100 millions de francs CFA par mois, contre environ 2 milliards par mois dans les années 2000. Le gouvernement attend environ 25 milliards de francs CFA de recettes du dispositif. Il met aussi en avant la lutte contre la cybercriminalité, les appareils non identifiés compliquant la traçabilité des auteurs de délits. La démarche s’inscrit dans une numérisation plus large de la collecte, après la mise en avant d’une intelligence artificielle fiscale au Cameroun contre la fraude.

Si le dispositif fonctionne, il peut augmenter les recettes douanières, réduire les importations informelles, améliorer la traçabilité des appareils et rétablir une concurrence loyale entre importateurs. Ces effets dépendent d’une condition : que le consommateur puisse vérifier facilement le statut d’un appareil avant de l’acheter. Sinon, le contrôle fiscal devient une loterie après l’achat.

La question qui reste : qui paie, et quand

Le marché camerounais du téléphone mêle grandes enseignes, revendeurs, petites boutiques, importateurs individuels, marché de seconde main et appareils rapportés de l’étranger. Un voyageur utilisant temporairement son téléphone n’est pas un importateur commercial ; un Camerounais revenant de l’étranger avec son appareil personnel n’est pas dans la situation d’un commerçant important cent smartphones. Le régime applicable aux téléphones rapportés lors d’un voyage, qui intéresse directement la diaspora, n’est pas détaillé dans les communications consultées. Et un consommateur qui a acheté avec facture un appareil présenté comme régulier doit disposer d’un recours clair contre son vendeur si l’IMEI est ensuite bloqué. C’est là que la réforme sera jugée : à sa capacité à faire payer le bon acteur, au bon moment, sans transformer le client final en douanier malgré lui.

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