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Éthiopie–Érythrée : 10 diplomates expulsés, Mekele reprise

Abiy Ahmed, Premier ministre d'Éthiopie, au moment de la rupture entre l'Éthiopie et l'Érythrée

En trois jours, la crise entre l’Éthiopie et l’Érythrée a franchi trois seuils. Dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre 2026, des explosions ont été entendues à Addis-Abeba, près du quartier général de l’armée. Le 1er octobre, l’Éthiopie a fermé son ambassade à Asmara et expulsé dix diplomates érythréens ; l’Érythrée a rompu le jour même toutes ses relations diplomatiques. Le 3 octobre, l’armée fédérale est entrée à Mekele, capitale du Tigré, abandonnée par les forces du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF). La guerre que l’accord de Pretoria de novembre 2022 était censé clore est redevenue un conflit régional.

Dix diplomates, 48 heures

Le ministère éthiopien des Affaires étrangères a déclaré dix diplomates érythréens persona non grata, avec 48 heures pour quitter le pays, en invoquant des activités menaçant la sécurité nationale et des « actes d’hostilité et de belligérance directs et indirects » de l’Érythrée. Le communiqué ne détaille pas les faits reprochés à chacun. Addis-Abeba accuse depuis longtemps Asmara de soutenir des groupes insurgés, dont le TPLF et les milices Fano de l’Amhara.

La réponse est arrivée en quelques heures. Le ministère érythréen des Affaires étrangères a jugé les accusations « surprenantes et déconcertantes », invoqué la réciprocité et rompu l’ensemble des relations. Selon l’AFP, son chargé d’affaires à Addis-Abeba figurait parmi les expulsés. Asmara retourne l’accusation : l’Éthiopie hébergerait et armerait des groupes d’opposition érythréens, et convoiterait le port d’Assab, sur la mer Rouge. Depuis 2023, la volonté du Premier ministre Abiy Ahmed d’obtenir un accès souverain à la mer pour son pays, enclavé depuis l’indépendance de l’Érythrée en 1993, nourrit cette crainte. Ces accusations croisées sont celles des deux gouvernements ; aucune n’est établie de manière indépendante.

Éthiopie Érythrée : le retournement d’alliance

Le renversement est spectaculaire. Les deux pays n’avaient rétabli leurs relations qu’en 2018, après la guerre frontalière de 1998-2000 et dix-huit ans de gel, un rapprochement entre Abiy Ahmed et le président Issayas Afeworki qui avait valu au premier le prix Nobel de la paix 2019. Pendant la guerre du Tigré, de 2020 à 2022, l’armée érythréenne combattait aux côtés des forces fédérales contre le TPLF. Aujourd’hui, Addis-Abeba accuse Asmara de soutenir ce même TPLF, ainsi que l’Égypte et les Forces armées soudanaises, selon l’AFP. L’ancien allié est devenu adversaire.

Sur le terrain, les hostilités avaient repris le 23 septembre entre l’armée et le TPLF, qui dirigeait de fait le Tigré. Le 2 octobre, une milice tigréenne alliée au gouvernement a affirmé avoir pris l’aéroport de Mekele. Le 3 octobre au matin, selon un journaliste local cité par l’AFP, les dirigeants et les troupes du TPLF quittaient la ville en masse ; dans la soirée, une source humanitaire a indiqué que les forces fédérales et leurs alliés avaient été observés à plusieurs endroits de la ville, sans combat signalé, avec des scènes de pillage. Le TPLF présente son retrait comme tactique et promet de revenir. Les télécommunications sont fortement perturbées dans la région.

Des explosions encore sans auteur établi

Les détonations de la nuit du 30 septembre au 1er octobre ont touché, selon une source diplomatique et un témoin cités par l’AFP, le bâtiment du quartier général des Forces de défense nationale, dans le quartier de Tor Hayloch ; Bloomberg évoque une seconde explosion près de 4 Kilo, et l’agence APA d’autres détonations ailleurs dans la capitale. Une source liée à l’Ethiopian Peoples’ Forces Alliance for Survival, coalition de sept groupes armés dont le TPLF, a affirmé à Reuters avoir mené des frappes de drones, dont certaines visant le quartier général. Reuters n’a pas pu vérifier cette revendication, des témoins n’ont pas constaté de dégâts visibles près de la base, et aucun bilan officiel n’a été communiqué. Quelques heures plus tôt, les services de renseignement avaient interdit tout drone au-dessus de la capitale.

Si elle était confirmée, ce serait la première frappe de drones connue des forces antigouvernementales contre Addis-Abeba, à des centaines de kilomètres des fronts. Pour Edward Bach, analyste du cabinet Verisk Maplecroft, une telle capacité marquerait un tournant politique, en remettant en cause l’image d’une capitale isolée du conflit. Rien ne permet en revanche, à ce stade, d’attribuer ces explosions à l’Érythrée : la simultanéité n’est pas une causalité. Ces développements précèdent la prestation de serment d’Abiy Ahmed pour un nouveau mandat, prévue le 5 octobre 2026. La rupture diplomatique ferme les canaux officiels de désescalade au moment où le risque de guerre ouverte entre les deux voisins n’a jamais été aussi élevé depuis 2018.

Sources

  • Ministère des Affaires étrangères d’Éthiopie et Service de communication du gouvernement, 1er octobre 2026 ; ministère des Affaires étrangères d’Érythrée, 1er octobre 2026.
  • AFP via La Libre, La DH, Boursorama, Africa Radio et Arab News, 1er au 3 octobre 2026 ; Reuters et Associated Press, 1er octobre 2026 ; Bloomberg, 1er octobre 2026.
  • APA News, 1er octobre 2026 ; France 24, 3 octobre 2026 ; Africanews, 2 octobre 2026 ; Anadolu Agency, 1er octobre 2026 ; Al Jazeera, 1er octobre 2026.

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