Le Maroc et la Banque africaine de développement (BAD) ont signé le mardi 29 septembre 2026 à Casablanca un prêt de 270 millions d’euros (environ 2,8 milliards de dirhams) destiné aux aéroports du Maroc de Marrakech, Agadir, Tanger et Fès. Le prêt est accordé à l’Office national des aéroports (ONDA) pour son Programme d’extension et de modernisation des infrastructures aéroportuaires (PEMIA). Objectif affiché pour 2030 : faire passer Marrakech de 9,2 à 14 millions de passagers par an.
L’accord a été signé par Achraf Tarsim, responsable du bureau pays du Groupe de la BAD au Maroc, et Adel El Fakir, directeur général de l’ONDA, lors d’une cérémonie présidée par Sidi Ould Tah, président du Groupe de la BAD, et Nadia Fettah, ministre de l’Économie et des Finances. Le conseil d’administration de la banque avait approuvé l’opération en décembre 2025 : la signature de septembre formalise le financement.
Quatre aéroports du Maroc, quatre objectifs chiffrés
Le rapport d’évaluation de la BAD fixe pour chaque plateforme un trafic de départ, celui de 2024, et une cible pour 2030 :
- Marrakech : de 9,2 à 14 millions de passagers, soit environ 52 % de plus ;
- Agadir : de 3,1 à 5 millions ;
- Tanger : de 2,4 à 3,6 millions ;
- Fès : de 2 à 3 millions.
Le programme prévoit l’extension des terminaux, une nouvelle tour de contrôle à Marrakech, environ 1,5 million de mètres carrés d’aires de stationnement pour avions et 7,6 kilomètres de voies de circulation. S’y ajoutent des équipements de sûreté et des systèmes automatisés de traitement des bagages. Car un grand terminal ne sert à rien si les avions attendent une place au sol ou si les valises s’accumulent au tri.
Qui paie : la BAD pour 31 %, l’ONDA pour le reste
Les 270 millions d’euros ne financent pas tout. Le PEMIA coûte au total 9,08 milliards de dirhams, soit 863,4 millions d’euros au taux retenu par la BAD en octobre 2025. La banque en apporte 31 % ; l’État marocain, à travers l’ONDA, finance les 593,4 millions d’euros restants, soit 69 %.
Le montage a une particularité : l’emprunteur n’est pas l’État mais l’office lui-même. Le prêt est garanti par la Société nationale de garantie du financement de l’entreprise (SNGFE), connue sous le nom de Tamwilcom, dont le directeur général, Saïd Jabrani, assistait à la signature. L’entreprise publique emprunte donc directement, avec une garantie nationale, sans passer par le budget général.
Le PEMIA n’est par ailleurs qu’une partie de l’effort aéroportuaire du royaume. Le même rapport rappelle que l’aéroport Mohammed V de Casablanca doit passer de 14 à 35 millions de passagers d’ici 2029, un chantier qui ne relève pas de ce prêt.
2030 donne la date, le trafic donnera le verdict
La Coupe du monde 2030, que le Maroc coorganise, impose un calendrier : la BAD le dit dans son rapport, les aéroports doivent pouvoir absorber l’afflux de visiteurs. Mais le trafic n’a pas attendu l’événement. Les aéroports marocains ont accueilli 32,7 millions de passagers en 2024, 21 % de plus qu’en 2023 ; Marrakech a progressé de 34 % et Agadir de 36 % sur la même période, selon la banque.
Le vrai test viendra après 2030. Un terminal dimensionné pour quelques semaines d’affluence coûte cher s’il reste à moitié vide ensuite. La mesure utile sera donc le taux de remplissage des nouvelles capacités en 2031 ou 2032, quand le tourisme, les vols à bas coût et les liaisons d’affaires de Tanger devront justifier seuls les mètres carrés construits.
Les emplois : deux chiffres très différents
La BAD annonce environ 19 000 emplois directs et 29 722 emplois indirects, dont 30 % pour des femmes et 34 % pour des jeunes. Ces chiffres mêlent toutefois les chantiers et l’activité économique attendue autour des aéroports. Le résumé environnemental du même rapport estime à 430 le nombre d’emplois créés pendant les travaux eux-mêmes. L’écart ne signale pas une erreur, mais il invite à lire les grands chiffres comme des projections, pas comme des embauches.
Ce prêt s’ajoute à d’autres engagements récents de la BAD au Maroc, dont 205 millions d’euros pour la ligne à grande vitesse Kénitra-Marrakech et 100 millions d’euros pour une gigafactory de batteries.
Sources
- Banque africaine de développement, rapport d’évaluation du Programme d’extension et de modernisation des infrastructures aéroportuaires (PEMIA), 2025 : afdb.org.
- Hespress, « Maroc-BAD : un accord de financement de 270 M€ pour l’extension des infrastructures aéroportuaires », 30 septembre 2026, d’après un communiqué de la BAD : fr.hespress.com.
- Finances News Hebdo, sur la signature et la garantie de Tamwilcom : fnh.ma.








