La Banque ouest-africaine de développement (BOAD) a approuvé le 24 septembre 2026 un prêt à court terme de 8 milliards de francs CFA à la Société de transport du Karta (SOTRAKA SA), pour importer et commercialiser environ 20 000 mètres cubes d’hydrocarbures, soit 20 millions de litres, au Mali. Le pays, enclavé, voit son approvisionnement en carburant perturbé depuis un an.
Un prêt de la BOAD au Mali pour 20 millions de litres
L’opération a été validée à Lomé lors de la 152e session ordinaire du Conseil d’administration de la BOAD, qui a approuvé au total 157,5 milliards de francs CFA de nouvelles opérations dans l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA). La BOAD ne prête pas au budget de l’État malien et ne finance ni raffinerie ni dépôt : elle apporte le fonds de roulement d’un importateur, pour un produit qui sera importé, vendu puis consommé.
La banque n’a rendu publics ni le taux d’intérêt du prêt, ni sa maturité exacte, ni son calendrier de décaissement. Diviser 8 milliards par 20 millions de litres donne 400 francs CFA le litre, mais ce chiffre n’est pas un prix d’achat. Le prêt couvre une opération d’importation et de commercialisation dont la structure de coûts (achat, transport, assurance, stockage, frais financiers, marge) n’a pas été publiée.
Moins d’une semaine d’arrivages
Entre le 14 et le 20 septembre 2026, le Mali a réceptionné près de 58 millions de litres de gasoil et d’essence, acheminés par 1 273 camions-citernes, selon les bilans hebdomadaires d’approvisionnement. Au 20 septembre, les stocks recensés dans plusieurs dépôts atteignaient environ 10,17 millions de litres de gasoil et 10,09 millions de litres d’essence. Un nouveau convoi de 1 278 citernes était alors en cours de réception à Bamako.
La semaine du 24 au 30 août 2026, 1 453 citernes avaient acheminé 66,38 millions de litres, plus du double d’une semaine de juin, selon le ministère de l’Industrie et du Commerce. Rapportés aux 2,665 milliards de litres de produits pétroliers importés par le Mali en 2024, les 20 millions de litres financés par la BOAD représentent moins de 1 % des besoins d’une année. Le problème malien n’est donc pas seulement de trouver l’argent pour acheter du carburant : c’est de maintenir une chaîne logistique capable de le faire entrer dans un pays sans accès à la mer.
Un an de crise du carburant
Le Mali dépend entièrement des corridors routiers qui le relient aux ports des pays côtiers. Depuis septembre 2025, un blocus que RFI décrit comme un « embargo » imposé par des groupes jihadistes sur les importations de carburant perturbe fortement ces flux. Les camions-citernes circulent en convois, sur des axes exposés aux attaques.
Le choc pétrolier mondial lié au conflit dans le Golfe a aggravé la situation. Le 28 mars 2026, les autorités ont relevé les prix plafonds : le litre de supercarburant est passé de 775 à 875 francs CFA, celui du gasoil de 725 à 940 francs CFA, soit près de 30 % de hausse pour ce dernier. Le président de l’Office malien des produits pétroliers a indiqué que l’État consentait par ailleurs un effort d’environ 3 milliards de francs CFA par mois en réduisant les taxes sur les produits pétroliers.
L’amélioration des arrivages reste inégale. En août 2026, une rupture de gasoil persistait à Bandiagara, dans le centre du pays, et les bilans officiels ne précisent pas la répartition des volumes entre produits ni entre régions.
Une banque de développement au secours de la trésorerie
On associe d’ordinaire une banque de développement aux routes, aux centrales électriques ou aux projets industriels. Ici, la BOAD finance un besoin de trésorerie, parce que le produit est stratégique : sans carburant, les camions et les générateurs s’arrêtent, les entreprises ralentissent et les prix alimentaires suivent les coûts de transport. Une rupture d’approvisionnement coûte bien davantage que le montant du prêt.
La BOAD intervient régulièrement dans le secteur pétrolier régional : en septembre 2026, elle a approuvé 17,5 milliards de francs CFA pour permettre à l’entreprise YATT&CO d’acquérir des infrastructures pétrolières au Bénin, selon l’Agence Ecofin. Le prêt à SOTRAKA ne crée en revanche aucun actif durable. Une fois les 20 millions de litres vendus, il faudra en importer d’autres : seuls des stocks de sécurité, des corridors diversifiés et une moindre dépendance aux produits importés réduiraient cette exposition.
Lire aussi : Mali : la menace du JNIM pousse les transporteurs à abandonner Bamako et Carburant UEMOA-CEMAC : 289 FCFA subventionnés par litre.
Sources
- BOAD, 152e session ordinaire du Conseil d’administration, Lomé, 24 septembre 2026.
- Financial Afrik, « Mali : la BOAD accorde 8 milliards de FCFA pour l’importation de 20 millions de litres de carburant », 28 septembre 2026.
- APA News, « Mali : la BOAD finance l’importation de 20 millions de litres de carburant », 26 septembre 2026.
- Africtelegraph, « La BOAD débloque 8 milliards de FCFA pour le carburant malien », 28 septembre 2026.
- APA News, bilans de l’approvisionnement du Mali, 4 juin, 20 août et 30 août 2026.
- APA News et RFI (via AllAfrica), hausse des prix des carburants du 28 mars 2026.
- Agence Ecofin, « YATT&CO Secures $30.3 Million BOAD Financing for Benin Oil Expansion », 28 septembre 2026.








