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Universités Cameroun : grève pour 9,7 milliards impayés

Bâtiment du Nouveau bloc pédagogique de l'Université de Yaoundé I, l'une des universités du Cameroun touchées par la grève

Depuis le 3 septembre 2026, le Syndicat national des enseignants du supérieur (Synes) maintient une grève illimitée dans les onze universités d’État du Cameroun : cours, examens et soutenances de master et de doctorat sont suspendus. Au cœur du conflit, une « dette académique » que le ministère de l’Enseignement supérieur (Minesup) chiffre à 16,959 milliards de FCFA, dont 7,294 milliards ont été apurés, soit 43 %. Il reste environ 9,7 milliards à verser, et l’État paie « en fonction des disponibilités de trésorerie ».

Le gouvernement a multiplié les virements en septembre. Le syndicat, réuni en bureau exécutif le 20 septembre, a pourtant maintenu son mot d’ordre. « Un État piégé par sa dette », titrait Jeune Afrique le 25 septembre : derrière les primes impayées des enseignants, c’est la question des arriérés intérieurs de l’État camerounais qui se pose.

Deux créances, deux calendriers

Deux dettes se superposent. La première est l’allocation spéciale pour la modernisation de la recherche universitaire, prime trimestrielle versée aux enseignants-chercheurs avec un ou deux trimestres de retard, par virement ou par « billetage », c’est-à-dire en espèces. La seconde est un stock ancien : heures complémentaires, encadrements de mémoires et de thèses et autres prestations accumulés entre 2000 et 2021.

Le communiqué du 18 septembre, signé par le ministre d’État Jacques Fame Ndongo « sur instructions du chef de l’État », détaille les paiements. Le quatrième trimestre 2025 de l’allocation, environ 5,48 milliards de FCFA, avait été viré le 26 juillet. Le reliquat du premier trimestre 2026, 1,769 milliard, a été réglé le 18 septembre, portant ce trimestre à environ 4,862 milliards. Les virements du deuxième trimestre, près de 4,92 milliards, ont commencé le même jour, et un communiqué du 21 septembre a avancé de deux jours le billetage.

Sur le montant total de la dette académique, les sources divergent. Le communiqué du Minesup retient 16,959 milliards ; le comité tripartite ministère des Finances–Minesup–Synes l’avait évaluée à 15,498 milliards, selon le site Lebledparle. Les deux s’accordent sur les 7,294 milliards déjà payés.

Pourquoi la grève continue dans les universités du Cameroun

Le Synes, dirigé par sa secrétaire générale, Jeannette Wogaing Fotso, ne conteste pas la réalité des paiements. Il en conteste la méthode. Selon sa réponse, « l’intégralité du deuxième trimestre 2026 n’est pas encore garantie » pour les 8 200 enseignants concernés, et il déplore « l’absence de liste consolidée et transparente de la dette académique ». Il « exige des garanties écrites et traçables avant de lever la grève ».

Le syndicat évalue lui-même le taux d’adhésion au mouvement entre 65 et 70 %, selon RFI. Une réunion le 18 septembre entre le Minesup et une délégation du ministère des Finances a débloqué de l’argent, pas la confiance. Le désaccord ne porte plus sur « qui doit quoi », mais sur « quand » et « combien, exactement ».

Une affaire de trésorerie publique

La formule qui revient dans les communiqués officiels résume le problème : les paiements suivent « le plan de programmation des dépenses arrêté par le ministre des Finances » et les disponibilités de trésorerie. Autrement dit, l’État reconnaît la créance, la programme, puis la paie au rythme de ses liquidités.

Le niveau de la dette n’est pas seul en cause. Au 31 mars 2026, le ministère des Finances évaluait la dette du secteur public à 15 416 milliards de FCFA, soit 44,3 % du produit intérieur brut. Dans sa consultation 2026 au titre de l’article IV, le Fonds monétaire international (FMI) pointe surtout des remboursements importants, un marché régional de la dette plus contraint et une accumulation d’arriérés intérieurs. Le budget 2027 en porte la trace : il inscrit déjà 300 milliards de FCFA d’appuis conditionnés à un nouveau programme avec le FMI.

En parallèle, le gouvernement a lancé un audit de la « dette flottante », les arriérés de l’État envers ses fournisseurs, ses agents et ses établissements, dettes académiques comprises. Les administrations ont jusqu’au 31 octobre 2026 pour déposer leurs dossiers. Les enseignants ne sont qu’une ligne parmi d’autres créanciers, mais la grève leur donne une visibilité que les autres n’ont pas.

Ce qui dira si la crise se dénoue

Trois indicateurs seront à suivre. Le premier est le paiement intégral du deuxième trimestre 2026 de l’allocation, près de 4,92 milliards. Le deuxième est la publication de la liste consolidée réclamée par le Synes. Le troisième est le résultat de l’audit de la dette flottante après le 31 octobre.

Lecture de la rédaction : la demande du syndicat, une liste et un calendrier, est exactement ce que l’audit doit produire pour l’ensemble des créanciers intérieurs de l’État. Tant que le solde des 9,7 milliards ne reviendra pas à zéro, la grève restera un problème d’enseignement supérieur et un rappel des tensions de trésorerie du Cameroun, déjà visibles dans le dossier de la dette rétrocédée aux entreprises publiques.

Sources

  • Minesup, communiqué du 18 septembre 2026 (via allAfrica, Camer.be, Journal du Cameroun) et communiqué du 21 septembre 2026.
  • Jeune Afrique, « Cameroun : des universités en grève et à l’arrêt, un État piégé par sa dette », 25 septembre 2026.
  • RFI via allAfrica, « Des enseignants du supérieur maintiennent leur grève, onze universités d’État restent impactées », 24 septembre 2026.
  • Lebledparle, 15 septembre 2026 ; 237Actu, 10 septembre 2026 ; Cameroon Tribune, 21 septembre 2026.
  • FMI, consultation 2026 au titre de l’article IV avec le Cameroun ; ministère des Finances, dette publique au 31 mars 2026.

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