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CEMAC : 6 pays pétroliers qui ne mesurent pas leur énergie

Barrage hydroélectrique d'Édéa au Cameroun, production que la CEMAC mesure mal

Les experts des six États de la CEMAC — Cameroun, Congo, Gabon, Guinée équatoriale, Centrafrique, Tchad — se sont réunis à Libreville le 21 septembre 2026 pour préparer une réunion ministérielle des 24 et 25 septembre consacrée aux systèmes d’information énergétique. L’objectif : doter une région qui produit du pétrole, du gaz et de l’hydroélectricité de ce qui lui manque — des données comparables, à jour et souveraines. La Commission attend des ministres trois choses : l’appropriation politique des plans nationaux, des ressources budgétaires pérennes et un dispositif communautaire contraignant. C’est le budget, pas la méthode, qui décidera.

Ce qui se joue à Libreville

« Notre responsabilité est de transformer cette base de travail en un dispositif opérationnel, financé et durable », a déclaré à l’ouverture Nicolas Beyeme Nguema, commissaire de la CEMAC chargé des politiques économique, monétaire et financière, qui pilote le projet.

Le constat est connu. Les informations énergétiques existent mais demeurent dispersées entre plusieurs administrations et opérateurs, avec des méthodes, des nomenclatures et des circuits de validation qui ne sont ni harmonisés ni actualisés. Chaque pays compte à sa manière la production pétrolière, souvent via les compagnies ; la production électrique, via les sociétés nationales ; la consommation de bois-énergie, rarement. Aucun ne publie de bilan énergétique annuel aux normes internationales.

Le chantier a une histoire courte : une réunion consultative avec la Commission africaine de l’énergie en novembre 2025, une mission d’étude à Alger en avril 2026 pour examiner le système continental, puis des diagnostics et plans nationaux. Le projet est appuyé par un financement d’harmonisation statistique de la Banque mondiale.

Pourquoi des chiffres manquants coûtent cher

La planification d’abord. Une région où le Cameroun rationne l’électricité, où le Tchad et la Centrafrique ont des taux d’accès très bas, et où le Gabon et le Congo exportent du pétrole sans raffiner assez pour leur marché intérieur ne peut ni dimensionner ses centrales, ni négocier ses interconnexions, ni attirer des financeurs sans chiffres fiables.

L’attractivité ensuite. Les bailleurs et les investisseurs exigent des bilans énergétiques ; leur absence est un coût de transaction. C’est l’argument de l’institution qui finance le projet.

La raison qu’aucun communiqué ne cite

La souveraineté, enfin — et c’est la moins dite. Le texte des experts insiste sur la nécessité de connaître ses ressources, ses besoins, ses déficits et ses dépendances pour mieux défendre les intérêts régionaux dans les négociations internationales.

Il faut y ajouter un contexte que personne à Libreville ne mentionne mais que tout le monde a en tête : la CEMAC est engagée avec le Fonds monétaire international dans un bras de fer sur ses assurances régionales, dont le nœud est la comptabilisation des fonds des compagnies pétrolières dans les réserves de change.

Une union monétaire qui ne mesure pas précisément ses flux d’hydrocarbures négocie avec un handicap. Le système d’information énergétique est aussi un instrument de cette négociation — c’est une lecture de la rédaction, que les communiqués ne formulent pas.

La condition : de l’argent et une contrainte

La Commission le dit sans détour : elle veut des ressources budgétaires nationales pérennes et un dispositif communautaire contraignant. Les deux demandes visent la même faiblesse.

Les statistiques publiques d’Afrique centrale vivent de projets financés par les bailleurs, meurent quand le projet s’arrête, et les États ne transmettent à la Commission que ce qu’ils veulent bien. Les précédents régionaux montrent que les feuilles de route s’adoptent facilement et s’appliquent lentement.

La réunion ministérielle des 24 et 25 septembre devait dire si les six ministres de l’Énergie signent une déclaration assortie de lignes budgétaires et d’un règlement communautaire — ou une déclaration d’intention de plus. NotreAfrik y reviendra.

Le paradoxe

La région africaine la plus dotée en hydrocarbures par habitant est l’une de celles qui connaissent le moins bien leur propre énergie. Et c’est cette ignorance, plus que la ressource, qui fixe le prix qu’elle en tire.

Le mécanisme est le même que celui qui joue sur les minerais : sans mesure, pas de négociation. Le vice-président nigérian a plaidé à l’ONU pour que les États producteurs cessent de se concurrencer ; encore faut-il savoir ce que l’on vend. Les institutions de la zone avancent par ailleurs sur d’autres briques d’intégration — un QR code unique pour payer dans les six pays — et la Banque des États de l’Afrique centrale a remplacé dix-neuf ans de compensation par un système neuf. La donnée énergétique, elle, reste le maillon manquant.

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