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France 24 interdite en Guinée : la HAC vise 5 vecteurs

Mamadi Doumbouya en public à Conakry, le chef de l'État dont la HAC protège la dignité en interdisant France 24

La Haute Autorité de la communication (HAC) de Guinée a interdit le jeudi 17 septembre 2026, avec effet immédiat, la diffusion de France 24 sur l’ensemble du territoire et par cinq vecteurs techniques nommément visés : satellite, câble, applications mobiles, sites internet et réseaux sociaux. La décision n° 032/HAC/P/2026, signée par le président de l’institution Boubacar Yacine Diallo et adoptée par dix commissaires, ne suspend pas la chaîne : elle révoque son autorisation de diffusion et retire les accréditations de tous ses correspondants.

Une décision plus sévère que les précédents sahéliens

Le texte va au-delà d’une coupure d’antenne. Il réquisitionne l’Autorité de régulation des postes et télécommunications pour bloquer les accès numériques, ce qui suppose un filtrage de l’internet guinéen, et somme Canal+ Guinée de couper le signal. Il interdit enfin la diffusion sur les réseaux sociaux, mesure dont l’applicabilité aux partages effectués par des particuliers reste entière.

Le retrait des accréditations de l’ensemble des correspondants, envoyés spéciaux et collaborateurs empêche par ailleurs la chaîne de couvrir le pays depuis le pays. Là où le Mali, en mars 2022, le Burkina Faso, en mars 2023, et le Niger, en août 2023, avaient suspendu la chaîne, Conakry révoque.

Un mot, deux versions incompatibles

La HAC fonde sa sanction sur une séquence de deux jours. Une édition du 15 septembre aurait employé des termes jugés attentatoires à la dignité du chef de l’État. Une mise en demeure, portant le numéro 041/HAC/2026, était notifiée le 16 septembre. Le 17, l’autorité constatait un « refus manifeste, délibéré et caractérisé » de s’y conformer.

Le terme en cause serait « président putschiste ». Cette qualification est rapportée par un site à contenu automatisé et Notre Afrik n’a pu la confirmer par aucun document. Le même site affirme en sens inverse que France 24 aurait rapidement présenté ses excuses et annoncé une correction. Les deux versions sont incompatibles sur le fait, et aucune déclaration de France Médias Monde ne permet de trancher. Ni la mise en demeure ni la réponse éventuelle de la chaîne n’ont été publiées.

Le 15 septembre était la date à laquelle plusieurs médias internationaux consacraient des éditions au cinquième anniversaire du coup d’État du 5 septembre 2021. Mamadi Doumbouya, qui a pris le pouvoir par la force ce jour-là, a été élu le 28 décembre 2025 avec 86,72 % des voix, sans les principaux opposants, et investi le 17 janvier 2026. C’est ce contexte institutionnel que la HAC invoque pour juger le qualificatif inapproprié.

Une série, pas un accident

La HAC n’en est pas à sa première décision de ce type. En mai 2024, les autorités retiraient les agréments de plusieurs médias privés guinéens — Djoma, Espace, Évasion — après des mois de brouillage. En septembre 2025, l’autorité suspendait les sites Guinee360 et Guineematin et interdisait Guineematin TV. La même semaine que France 24, elle a retiré l’accréditation du correspondant de Jeune Afrique, élément absent des dépêches consacrées à l’affaire.

Le contexte est plus lourd encore. Le journaliste Habib Marouane Camara a disparu en décembre 2024 ; deux dirigeants du Front national pour la défense de la Constitution enlevés en juillet 2024 n’ont jamais réapparu. Pour les Guinéens, l’effet immédiat est une source d’information internationale en français de moins, dans un paysage où les médias privés nationaux ont été fermés ou muselés depuis deux ans.

La nouveauté est la cible

France 24 avait été écartée au Mali, au Burkina Faso et au Niger par des régimes militaires en rupture ouverte avec la France : ambassadeurs expulsés, troupes parties, rapprochement avec Moscou. La Guinée est dans la situation inverse. Paris n’a pas interrompu sa coopération militaire après le coup d’État, a soutenu la levée de la suspension de la Guinée par l’Organisation internationale de la francophonie en 2024, et voit dans Conakry un partenaire durable en Afrique de l’Ouest.

Interdire France 24 sans rompre avec la France est une configuration inédite. Quatre jours après la décision, nos recherches n’ont trouvé aucune réaction publique de France Médias Monde, du Quai d’Orsay, de Reporters sans frontières ni du Comité pour la protection des journalistes. Ce silence, s’il se confirme, mérite d’être noté.

Trois questions restent ouvertes

La première est factuelle : la chaîne a-t-elle refusé de rectifier, ou rectifié sans que cela suffise ? La deuxième est juridique : le régulateur guinéen a-t-il compétence pour ordonner le blocage de sites étrangers et interdire des partages sur les réseaux sociaux ? La loi sur la liberté de la presse de 2010 et celle sur la cybersécurité de 2016 encadrent ses pouvoirs, et leur articulation avec une révocation définitive mérite examen.

La troisième est politique. Au fond, la question du mot « putschiste » — exact pour 2021, contesté pour 2026 — est celle que pose toute la séquence guinéenne : un pouvoir issu d’un coup d’État peut-il, par une élection qu’il a organisée, exiger qu’on cesse de le nommer par son origine ? La HAC a tranché par décision administrative. C’est une lecture de la rédaction.

À lire également : Coup d’État en Guinée : 5 ans après, 7,4 % et zéro parti, Guinée : Doumbouya fixe 5 exigences non négociables et Maroc Guinée : 25 accords et une offre sur Simandou. Le suivi international de la liberté de la presse est publié par Reporters sans frontières.

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