Le coup d’État du 5 septembre 2021 en Guinée portait le colonel Mamadi Doumbouya au pouvoir : il renversait Alpha Condé et promettait de rendre le pouvoir aux civils. Cinq ans plus tard, il est président élu avec 86,72 % des voix, et la Guinée affiche une croissance de 7,4 % portée par le fer de Simandou. Les partis, eux, ont été dissous, et six corps ont été découverts le 24 août 2026 dans une fosse commune à Sabakhouré, selon Le Monde.
La promesse de 2021, et ce qu’il en reste
« Nous ne sommes pas venus pour construire la Guinée, mais pour construire le soubassement », déclarait Mamadi Doumbouya après le coup d’État, rappelle RFI.
La Charte de la transition, adoptée fin septembre 2021, disposait qu’aucun membre du Comité national du rassemblement pour le développement, du gouvernement ou du Conseil national de la transition ne pourrait se présenter aux élections de sortie de crise. Le président de la transition l’avait réaffirmé lui-même en décembre 2021.
Le calendrier a été celui d’un glissement. La Cédéao avait obtenu un engagement de 24 mois à compter de janvier 2023 : il n’a pas été tenu. Une nouvelle Constitution a été adoptée par référendum en septembre 2025. Puis, candidat « indépendant » de la dernière heure sous la bannière du mouvement Génération pour la Modernité et le Développement, Mamadi Doumbouya a été élu au premier tour face à huit candidats — Cellou Dalein Diallo et Sidya Touré en exil, Alpha Condé hors du pays. L’AFP a qualifié le scrutin d’« élection taillée sur mesure ».
Le Premier ministre a justifié le revirement d’une phrase : « C’est vrai, cela a été dit », avant d’invoquer « l’évolution du contexte ». L’investiture du 17 janvier 2026, pour un mandat de sept ans, a marqué le retour formel à l’ordre constitutionnel.
Les chiffres économiques sont réels
C’est le volet que le pouvoir met en avant, et il ne se conteste pas.
La croissance a atteint 5,7 % en 2024 puis 7,4 % en 2025, selon Guinéematin, et la Banque mondiale table sur 8,8 % en 2026. Le moteur est identifié : le gisement de fer de Simandou, qui vise 120 millions de tonnes à terme et a livré ses premières expéditions fin 2025 après avoir été bloqué près de trente ans par des litiges et des changements de régime.
L’État y a renforcé sa présence via la Compagnie du TransGuinéen, coentreprise avec Rio Tinto et Winning Consortium Simandou pour le chemin de fer et le port. RFI note que les engagements miniers placent le pays au premier rang des investissements directs étrangers en Afrique subsaharienne — chiffre que nous n’avons pas pu sourcer.
Le régime a aussi lancé de grands chantiers d’infrastructures et fait de la lutte contre la corruption un marqueur, avec la création en 2021 d’une cour dédiée à la répression des infractions économiques et financières. C’est dans cette continuité que le président a fixé, le 3 septembre 2026, cinq exigences « non négociables » à ses ministres pour l’exécution du programme Simandou 2040.
L’autre visage
Les partis politiques ont été dissous par décret en mai 2025. Les manifestations sont interdites depuis mai 2022. Des médias ont été suspendus, l’accès à internet restreint lors d’épisodes de tension.
Des opposants et des journalistes ont disparu — nous avions rapporté le cas d’un journaliste dont l’épouse disait craindre pour sa sécurité, et celui d’un jeune tué lors de la dispersion d’une manifestation.
Le fait le plus lourd de cette année est la découverte, le 24 août 2026, de six corps dans une fosse commune à Sabakhouré, rapportée par Le Monde. La détention du juge Algassimou Diallo a également été signalée par la presse française. Nous n’avons recoupé ni l’un ni l’autre en source primaire : ils sont rapportés ici comme des informations attribuées, non comme des faits que nous aurions établis.
Ce que « à deux visages » masque
France 24, RFI et Guinéematin dressent le même constat d’un bilan contrasté. La formule est juste, et elle est trop confortable.
Car les deux volets ne sont pas indépendants. Un projet minier de l’ampleur de Simandou — chemin de fer transguinéen, port en eau profonde, expropriations — se conduit plus vite sans partis d’opposition, sans manifestations et sans presse qui enquête. La croissance de 7,4 % et la dissolution des partis ne sont pas deux nouvelles dont l’une compenserait l’autre : ce sont deux faces du même mode de gouvernement.
Reste une question que les chiffres macroéconomiques ne tranchent pas, et que Mamadi Doumbouya a lui-même posée devant ses ministres : la Guinée a « prouvé sa capacité à attirer des capitaux », il lui faut désormais « prouver sa capacité à les transformer » en écoles, routes, hôpitaux et emplois.
C’est le seul bilan qui comptera dans cinq ans. Et il ne se mesurera pas au taux de croissance, mais à ce que les Guinéens auront pu vérifier de leurs propres yeux.
Sources : France 24, 6 septembre 2026 ; RFI et Guinéematin, 5 septembre 2026 ; Le Monde pour la fosse commune de Sabakhouré ; AFP ; Banque mondiale pour les projections de croissance.