Trente-six cercueils recouverts des drapeaux guinéen et sierra-léonais ont été alignés le vendredi 4 septembre 2026 devant la mosquée turque de Bambéto, à Conakry. Ce sont les victimes de l’éboulement de la décharge de Dar-es-Salam, dans la nuit du 22 au 23 août. Le bilan, que nous donnions à 30 le 25 août, s’est alourdi. Dix-sept des morts étaient sierra-léonais.
Neuf ans, jour pour jour
Le fait le plus lourd de ce dossier est absent de la plupart des reprises.
La même montagne de déchets s’était déjà effondrée le 22 août 2017, faisant au moins huit morts. Le drame de 2026 est survenu à la date anniversaire, neuf ans plus tard. Entre les deux, en août 2025, la jeunesse du quartier avait organisé une marche blanche pour demander la fermeture du site.
Nous écrivions le 25 août que c’était une décharge qui devait fermer. Elle ne l’était pas.
Ce qui s’est passé cette nuit-là
Dans la nuit du 22 au 23 août 2026, vers 3 heures du matin, après de fortes pluies, un pan de la décharge de Dar-es-Salam s’est détaché. Le site, l’un des principaux dépôts d’ordures de la capitale, est en activité depuis des décennies au cœur d’une zone densément habitée, dans la commune de Gbessia.
Les déchets ont recouvert des habitations construites en contrebas, à quelques mètres du front de décharge. Les victimes dormaient.
Le bilan, d’abord provisoire, s’est alourdi au fil des jours avec le décès de blessés hospitalisés. « À ce jour vendredi 4 septembre, le bilan s’établit comme suit : au total 36 morts, dont 17 de nationalité léonaise. Parmi ces 36 morts, deux sont décédées cette semaine, une fillette lundi dernier et une seconde victime hier à 15 h à l’hôpital Donka », a déclaré Lancéï Touré, directeur de l’Agence nationale de gestion des urgences et catastrophes humanitaires, cité par Guinéenews.
Le nombre de blessés, de disparus éventuels et de familles déplacées n’a pas été communiqué. La répartition des dix-neuf autres victimes par nationalité n’a pas été précisée non plus : elle est déduite du total, et d’autres ressortissants ne peuvent être exclus.
Pourquoi dix-sept Sierra-Léonais
La proportion surprend au premier abord. Elle s’explique par la sociologie du quartier.
Dar-es-Salam abrite une importante communauté de travailleurs originaires de Sierra Leone, dont beaucoup vivent de la récupération sur la décharge elle-même — tri, revente de métaux, de plastiques et de matériaux. Ils habitent au plus près de leur source de revenu, c’est-à-dire au pied du talus.
C’est la mécanique ordinaire de ce type de catastrophe : ceux qui meurent sont ceux que l’économie des déchets a installés là.
Un hommage à deux drapeaux
Le gouvernement guinéen a décrété le 4 septembre journée de recueillement national, drapeaux en berne sur tout le territoire et dans les représentations diplomatiques.
La prière mortuaire a été dite après la grande prière du vendredi, à la mosquée turque de Bambéto, devant des cercueils recouverts des couleurs des deux pays. Le Premier ministre Amadou Oury Bah conduisait la délégation gouvernementale. La Sierra Leone était représentée par son ministre des Affaires étrangères, Mohamed Rahman Swarray, à la tête d’une délégation venue de Freetown.
La gouverneure de Conakry, la générale M’Mahawa Sylla, a pris la parole au nom du chef de l’État : « C’est avec une profonde tristesse et une grande émotion que je prends la parole ici en ce jour solennel pour rendre un dernier hommage à nos disparus. » Dans son sermon, l’imam a rappelé que, dans la tradition musulmane, les victimes de certaines catastrophes — noyade, éboulement — sont considérées comme des martyrs. Les dépouilles ont été inhumées au cimetière des Martyrs.
Ce qu’un hommage ne règle pas
Une journée de deuil national et deux ministres au pied des cercueils marquent la reconnaissance d’un drame. Ils ne répondent à aucune des questions que ce drame pose.
Le site est-il fermé ? Les familles installées en contrebas sont-elles relogées, et où ? Une étude de stabilité du talus a-t-elle jamais été conduite depuis 2017 ? La capitale dispose-t-elle d’un autre exutoire pour ses ordures ? Aucune des sources consultées ne répond.
C’est là que ce dossier rejoint un problème plus large que la Guinée partage avec la plupart des capitales africaines en croissance rapide : la gestion des déchets est traitée comme un service urbain de second rang, alors qu’elle est une question de sécurité publique dès que le volume dépasse la capacité du site. Le Maroc a choisi d’y répondre par l’industrie — Casablanca a lancé en août une usine de valorisation énergétique de ses déchets. C’est un investissement lourd, et il suppose précisément ce qui manque à Dar-es-Salam : une décision prise avant l’accident.
Ce que dit ce dossier tient en une phrase. La décharge avait déjà tué en 2017. Le quartier avait demandé sa fermeture en 2025. Elle a tué de nouveau en 2026, à la date anniversaire du premier effondrement.
Sources : Guinéenews, Guinee360 et Bénin Web TV, 3-5 septembre 2026 ; déclaration de Lancéï Touré, directeur de l’ANGUCH, 4 septembre 2026 ; discours de la gouverneure de Conakry, 4 septembre 2026.