Les électeurs de Guinée-Bissau sont convoqués le dimanche 30 août 2026 pour une question unique : approuvent-ils l’entrée en vigueur de la nouvelle Constitution élaborée par le Conseil national de transition ?
Le Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC), formation historique qui a conduit le pays à l’indépendance du Portugal en 1974, appelle à boycotter le scrutin. Le texte ferait passer le pays d’un régime semi-parlementaire à un régime présidentiel fort — et il a été rédigé par un organe qui n’a jamais été élu.
Ce qui est soumis au vote
Le scrutin a été fixé par le décret présidentiel n° 19/2026, signé le 6 juillet à Bissau par le président de la transition, le général Horta Inta-A Na Man, dit Horta N’Tam. Les autorités indiquent que la Cour suprême de justice a rendu un avis favorable.
Le contenu du texte est connu dans ses grandes lignes. Il remplace le régime semi-parlementaire par un régime présidentiel : le chef de l’État pourra nommer le Premier ministre sans qu’il soit issu de la majorité parlementaire, désigner les membres du gouvernement et dissoudre le Parlement. L’Assemblée nationale populaire est rebaptisée Assemblée nationale.
D’autres dispositions touchent la loi électorale : réduction du nombre de députés, et conditions d’éligibilité durcies pour les plus petits partis.
Le référendum doit précéder une présidentielle fixée au 6 décembre.
Les trois griefs du PAIGC
La procédure. Le texte a été rédigé et approuvé par un organe non élu, sans le dialogue national qu’exigerait normalement l’adoption d’une Constitution — associant partis politiques, société civile, autorités traditionnelles et religieuses. Le parti soutient que toute réforme constitutionnelle doit d’abord être débattue et approuvée au Parlement.
Le fond. L’extension des pouvoirs présidentiels est dénoncée comme un glissement vers l’« hyper-présidentialisme », et la réduction du nombre de députés comme un affaiblissement de la représentation.
Les conditions du scrutin. Le parti fait état de restrictions croissantes sur les activités politiques et de menaces visant des figures de l’opposition, et invoque une possible contradiction avec les protocoles de la CEDEAO sur la démocratie et la bonne gouvernance. Il évoque une « tendance manifeste à truquer le processus ».
Une coalition de partis sans représentation parlementaire demande pour sa part le report pur et simple de la consultation.
Comment on en est arrivé là
La chronologie éclaire le contentieux mieux qu’aucun commentaire.
- Décembre 2023 — le président Umaro Sissoco Embaló dissout l’Assemblée nationale populaire, contrôlée par l’opposition, après des affrontements armés qu’il qualifie de tentative de coup d’État. Le pays est privé de Parlement depuis.
- Octobre 2025 — la coalition conduite par le PAIGC est disqualifiée par la Cour suprême, officiellement pour dépôt tardif de documents.
- 23 novembre 2025 — environ 860 000 électeurs votent pour une présidentielle et des législatives, sans le PAIGC.
- 26 novembre 2025 — trois jours après le scrutin et avant toute proclamation, l’armée prend le pouvoir. Embaló et le candidat d’opposition Fernando Dias da Costa sont incarcérés. Le processus électoral est suspendu, le général Horta N’Tam installé pour une transition d’un an. La CEDEAO et l’Union africaine suspendent la Guinée-Bissau de leurs instances.
- Janvier 2026 — le gouvernement de transition suspend l’activité de l’Assemblée pour quatre-vingt-dix jours et annonce un calendrier de consultations. Le Conseil national de transition adopte le nouveau texte.
Une précision s’impose, parce que l’erreur circule : le référendum n’a pas été convoqué par Umaro Sissoco Embaló. Il ne dirige plus le pays depuis novembre 2025. Plusieurs reprises de l’information lui en attribuent pourtant l’initiative.
Ce qui se joue au-delà du texte
Le débat constitutionnel bissau-guinéen n’est pas une querelle de juristes. Il porte sur une question que plusieurs pays de la région se posent en même temps : jusqu’où un pouvoir issu d’une transition peut-il réécrire les règles avant de remettre son mandat en jeu ?
Un référendum organisé sans Parlement, sur un texte rédigé par un conseil désigné, et boycotté par le principal parti d’opposition, produira un résultat difficile à contester juridiquement et difficile à faire accepter politiquement. Le taux de participation sera l’indicateur à surveiller — bien plus que le pourcentage de oui, dont l’issue fait peu de doute en l’absence de campagne du non.
La position de la CEDEAO comptera aussi. L’organisation, réduite à douze membres depuis les départs sahéliens, a suspendu la Guinée-Bissau de ses instances après le coup d’État. Valider ou contester le processus engagera sa doctrine sur les transitions militaires, à un moment où elle n’a plus les moyens d’en perdre d’autres.
Le PAIGC, lui, joue une partie risquée. Boycotter préserve la cohérence du refus mais laisse le texte passer sans opposition organisée — et prive le parti d’une mesure de sa force réelle avant la présidentielle de décembre. C’est le dilemme classique de l’opposition en transition : participer légitime le cadre, s’abstenir laisse le champ libre. Le parti avait fait le choix inverse en 2025, sans plus de succès.







