La présidentielle du 6 décembre 2026 en Guinée-Bissau est compromise. Le 8 octobre, la vice-présidente de la Commission nationale électorale, Felisberta Moura Vaz, a estimé que les conditions techniques ne permettaient pas d’organiser les scrutins à la date prévue, selon l’agence Anadolu. Le même jour, le Premier ministre de transition, Ilídio Vieira Té, a jugé les partis insuffisamment préparés, selon l’AFP. Aucune nouvelle date n’a été officiellement fixée.
La décision d’un éventuel report revient au président de transition, le général Horta N’Tam, auquel la vice-présidente de la commission a renvoyé la question après l’avoir rencontré. L’avis d’un organe électoral ne modifie pas à lui seul la convocation des électeurs.
Guinée-Bissau : une transition qui a changé les règles
Le pays est dirigé par des militaires depuis le 26 novembre 2025. Ce jour-là, à la veille de la proclamation des résultats provisoires de la présidentielle et des législatives du 23 novembre, l’armée a renversé le président Umaro Sissoco Embaló et suspendu le processus électoral. Sous la pression de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le général N’Tam a fixé le 21 janvier 2026 la présidentielle et les législatives au 6 décembre.
Entre-temps, les règles ont changé. Le référendum constitutionnel du 30 août 2026 a été approuvé par environ 70 % des votants, selon les résultats de la commission électorale rapportés par Associated Press. La nouvelle Constitution renforce la présidence et réduit le Parlement de 102 à 65 sièges. L’opposition avait contesté la réforme et appelé au boycott.
Le retour d’Embaló bloqué
L’ancien président complique encore l’équation. En exil au Maroc, Umaro Sissoco Embaló a annoncé le 28 septembre son retour à Bissau pour le 4 octobre et sa candidature à la présidentielle. Le 1er octobre, le Haut commandement militaire a déclaré que les conditions de sécurité nécessaires à son retour n’étaient pas réunies, invoquant l’ordre public, sans prononcer explicitement son exclusion du scrutin.
Les deux arguments avancés pour un report ne se valent pas. Des difficultés techniques peuvent se mesurer et se résoudre selon un calendrier. L’impréparation des partis, elle, renvoie aux libertés politiques et aux conditions de la compétition : c’est l’appréciation du chef du gouvernement, pas un diagnostic indépendant.
Dakar et la CEDEAO demandent de la méthode
Lors de son sommet du 19 juillet 2026, la CEDEAO avait pris acte des élections du 6 décembre, en insistant sur la transparence et l’inclusion. Le 9 octobre, le Sénégal a demandé, selon Anadolu, qu’une éventuelle révision du calendrier se fasse dans le consensus, l’inclusion et la transparence, et que les restrictions aux activités politiques et civiles soient levées.
Un report peut se justifier s’il repose sur des obstacles documentés et un calendrier public pour les lever. Sans cela, il ressemblerait à un simple allongement de la transition. La crédibilité du retour à l’ordre constitutionnel se jouera sur ces garanties, plus que sur la date elle-même.
Sources
- Anadolu, 8 et 9 octobre 2026 ; AFP via TV5Monde, 8 octobre 2026 ; France 24, 8 octobre 2026.
- Associated Press, 1er septembre 2026 ; CEDEAO, sommet du 19 juillet 2026.
- APA News et AFP, janvier 2026 ; Afrik.com et AFP, 1er et 2 octobre 2026 ; AllAfrica, 1er octobre 2026.
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