Le Parlement éthiopien a reconduit Abiy Ahmed au poste de Premier ministre le 5 octobre 2026, pour cinq ans. Seul candidat, il a été approuvé par les applaudissements des députés de la Chambre des représentants des peuples, selon l’Agence France-Presse (AFP), puis a prêté serment, d’après l’agence officielle Ethiopian News Agency. Ce nouveau mandat s’ouvre en pleine guerre au Tigré : combats repris fin septembre, entrée de l’armée fédérale à Mekele, rupture diplomatique avec l’Érythrée.
La reconduction ne faisait aucun doute. Aux élections générales de juin 2026, le Parti de la prospérité d’Abiy Ahmed a remporté environ 90 % des sièges, selon l’AFP. Or l’article 73 de la Constitution éthiopienne prévoit que le Premier ministre est choisi parmi les députés et que le parti majoritaire forme le gouvernement : le scrutin législatif décidait donc de tout.
Les comptes rendus ne s’accordent pas sur le rang de ce mandat. Ethiopian News Agency et l’African Press Agency parlent d’un deuxième mandat, l’agence Associated Press d’un troisième. La différence tient au point de départ : Abiy Ahmed a été nommé en 2018, avant d’être confirmé par les élections de 2021 puis de 2026.
Abiy Ahmed, du Nobel de la paix à la guerre du Tigré
Arrivé au pouvoir en 2018 après des années de manifestations, Abiy Ahmed avait d’abord été salué pour la libération de prisonniers politiques et de journalistes, puis pour la paix conclue avec l’Érythrée, qui lui a valu le prix Nobel de la paix en 2019. Huit ans plus tard, le tableau a changé. La guerre du Tigré de 2020-2022 a fait des centaines de milliers de morts, et les critiques internationales se concentrent sur la répression des voix dissidentes.
Le nouveau mandat commence sur une crise majeure. Les combats entre l’armée fédérale et le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) ont repris le 23 septembre. Le même jour, le président de la Commission de l’Union africaine (UA), Mahmoud Ali Youssouf, s’alarmait de la prise des aéroports de Mekele, Axoum et Shire par les forces tigréennes et de l’interruption des vols civils. Le 1er octobre, Addis-Abeba a expulsé dix diplomates érythréens ; Asmara a rompu ses relations diplomatiques. Le 3 octobre, l’armée fédérale est entrée à Mekele, capitale du Tigré, abandonnée par le TPLF.
L’accord de Pretoria, seul cadre de paix
L’UA maintient comme référence l’accord de cessation des hostilités signé à Pretoria le 2 novembre 2022 entre le gouvernement éthiopien et le TPLF. Elle a chargé Olusegun Obasanjo, son haut représentant pour la Corne de l’Afrique, de relancer les discussions directes, et appelle les pays voisins à éviter toute action qui aggraverait les tensions. Reprendre une ville n’équivaut pas à appliquer un accord : la question politique reste entière, et le TPLF promet de reprendre le combat.
Sur le terrain, la normalisation reste partielle. Le 5 octobre, jour de l’investiture, des banques ont rouvert à Mekele, mais leurs guichets n’avaient pas d’argent liquide, selon l’AFP. Pour les habitants comme pour la diaspora, pouvoir retirer de l’argent, téléphoner ou voyager comptera davantage que la cérémonie d’Addis-Abeba. La protection des civils et le retour des services seront les critères les plus vérifiables du mandat qui commence.
Le budget, autre épreuve du mandat
L’Éthiopie est engagée dans un programme avec le Fonds monétaire international (FMI). Le rapport de la cinquième revue, publié le 13 juillet 2026, salue des progrès macroéconomiques mais range les risques sécuritaires parmi les menaces sur les équilibres budgétaires et extérieurs. Il précède toutefois la reprise des combats : il ne dit rien du coût du nouveau conflit.
Le gouvernement fait campagne sur la croissance et sur l’achèvement du Grand barrage de la Renaissance, sur le Nil bleu. Mais l’inflation et le coût de la vie restent les premières préoccupations de la population. Les arbitrages budgétaires entre l’effort de guerre, les services publics et le soutien aux ménages diront ce que vaut ce nouveau mandat, tout comme le sort des médiations. La revendication éthiopienne d’un accès souverain à la mer, qui alimente les tensions avec l’Érythrée, pèsera aussi sur la Corne de l’Afrique.
Sources
- Ethiopian News Agency et The Reporter, 5 octobre 2026 ; AFP, via TV5Monde, 5 octobre 2026 ; African Press Agency et Associated Press, 5 octobre 2026.
- Union africaine, communiqué sur le nord de l’Éthiopie, 23 septembre 2026.
- Fonds monétaire international, rapport de la cinquième revue, 13 juillet 2026 ; Constitution de la République fédérale démocratique d’Éthiopie, articles 72 et 73 ; Africtelegraph, 7 octobre 2026.
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