La Force africaine en attente (FAA) dispose depuis le 3 octobre 2026 d’un cadre commun : réunis à New Alamein, en Égypte, l’Union africaine, les communautés économiques régionales et les mécanismes régionaux ont adopté un protocole d’accord sur son utilisation. Conçue par le protocole de 2002 créant le Conseil de paix et de sécurité, la Force n’a jamais été pleinement opérationnelle. L’accord institutionnel ne change pas cela : effectifs, équipement, procédures et surtout financement prévisible restent à consolider.
Ce que le protocole organise
La cinquième Plateforme régionale de haut niveau d’échange de connaissances sur la FAA s’est tenue en marge du huitième sommet semestriel de coordination de l’UA. Le texte adopté précise comment les échelons continental et régional agissent ensemble. Pour le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf, l’accord doit renforcer l’architecture africaine de paix et de sécurité et permettre de mieux reconnaître les déploiements menés par les communautés économiques régionales dans le cadre de la Force. Les interventions régionales resteraient ainsi liées à une architecture commune, tout en préservant le rôle des organisations régionales selon le principe de subsidiarité. Les crises visées sont transfrontalières : conflits armés, terrorisme, ruptures de l’ordre constitutionnel, instabilité liée au climat.
Force africaine en attente : vingt ans d’inachèvement
Pilier de l’Architecture africaine de paix et de sécurité, prévue par l’article 13 du protocole du Conseil de paix et de sécurité, la FAA repose sur cinq brigades régionales issues des communautés économiques régionales. En 2015, l’UA estimait avoir besoin d’un milliard de dollars pour la rendre opérationnelle, et une base logistique avait été prévue à Douala, au Cameroun. Le dossier est revenu au premier plan en 2026 : en février, lors de son 39e sommet, la Conférence de l’UA a chargé la Commission d’accélérer la signature du protocole. Le Conseil de paix et de sécurité a fait le point le 15 mai, en insistant sur la composante maritime et la nécessité d’une force dans le golfe de Guinée, où la coordination maritime se construit déjà à Cotonou. Le 12 août, il a listé les obstacles persistants : interopérabilité, bases logistiques régionales, disparités de normes entre brigades, et réclamé des mécanismes de financement prévisibles, avec les Nations unies si nécessaire.
La préparation ne se compte pas en soldats annoncés
À New Alamein, les responsables ont de nouveau averti que la préparation dépend des compétences, de l’équipement, du soutien logistique, des capacités techniques et de la disponibilité des personnels militaires, policiers et civils lorsque survient une crise. Le Conseil de paix et de sécurité avait souligné en mai l’importance du système continental de commandement, de contrôle, de communication et d’information : ces capacités déterminent si des contingents peuvent être déployés rapidement et travailler ensemble, au-delà de leur disponibilité sur le papier. Les procédures d’autorisation et de compte rendu restent à préciser. Le sommet extraordinaire de Luanda sur la prévention des conflits avait posé le même diagnostic.
Qui paiera
Une force régionale ne peut maintenir des capacités de préparation et de déploiement rapide sans ressources prévisibles. Les participants ont évoqué une coopération plus étroite avec les Nations unies et la mise en œuvre de la résolution 2719 du Conseil de sécurité, qui ouvre un cadre de financement des opérations de soutien à la paix dirigées par l’UA. Mais l’adoption du protocole ne vaut ni financement garanti ni engagement automatique des États à fournir les moyens. Sans ressources stables, la FAA dépend des contributions des États et des bailleurs, alors que les crises se multiplient, du Sahel à la Corne de l’Afrique.
La prochaine mesure des progrès sera concrète : publication des procédures d’activation, désignation des responsabilités, validation de plans de préparation, exercices conjoints, inventaire des moyens disponibles et confirmation des ressources. Le texte signé, ses signataires, son champ d’application et ses modalités d’entrée en vigueur n’ont pas été publiés dans les comptes rendus consultés. Pour l’instant, l’accord renforce le cadre de coordination ; il reste à transformer cette architecture en capacité opérationnelle, financée et mobilisable.








