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Drépanocytose Sénégal : le 1er générique produit en Afrique

Drépanocytose Sénégal : la faculté de médecine et de pharmacie de Dakar

Un générique fabriqué au Sénégal traite désormais la drépanocytose. Le Drepaf, version générique de l’hydroxyurée, est le premier médicament contre cette maladie à obtenir une autorisation de mise sur le marché en Afrique. Le continent concentre près de 80 % des cas mondiaux, et l’Organisation mondiale de la santé estime que 80 % des enfants atteints meurent avant cinq ans dans les pays à faible revenu, faute de prise en charge. Au Sénégal, près de deux millions de personnes portent le gène.

Ce qui change, et ce qui ne change pas

Le Drepaf est disponible en pharmacie en deux dosages, 100 et 500 milligrammes. Sa mise sur le marché avait été annoncée lors d’un forum tenu le 19 novembre 2025 à Dakar.

Il s’agit de la première autorisation de mise sur le marché obtenue en Afrique pour un traitement de la drépanocytose, selon le professeur Jean-Benoît Arlet, qui dirige en France le Centre national de référence de la maladie.

Mais il faut être précis sur la nature de l’avancée. L’hydroxyurée n’est pas une molécule nouvelle : elle est utilisée depuis une vingtaine d’années, et dans les pays du Nord — États-Unis, France — environ 80 % des malades sont sous ce traitement.

Ce n’est donc pas une innovation thérapeutique. C’est une innovation d’accès. La molécule étant tombée dans le domaine public, sa production générique est devenue possible.

Son effet est documenté : elle réduit la fréquence et l’intensité des crises vaso-occlusives — les épisodes douloureux caractéristiques de la maladie — et diminue les hospitalisations. Les spécialistes ont dû répondre à des réticences sur la fiabilité du produit ; l’argument avancé est celui de l’antériorité, vingt ans d’usage mondial documenté.

L’ampleur du problème

La drépanocytose est une maladie génétique héréditaire qui touche environ 120 millions de personnes dans le monde, principalement en Afrique subsaharienne.

L’OMS estime qu’un millier d’enfants naissent chaque jour avec la maladie sur le continent. Sans prise en charge adéquate, 80 % d’entre eux décèdent avant l’âge de cinq ans dans les pays à faible et moyen revenu.

Au Sénégal, environ 10 % de la population générale — près de deux millions de personnes — sont porteurs du gène. Les estimations du nombre de naissances annuelles d’enfants atteints varient entre 1 700 et 2 000 selon les sources.

Le Centre hospitalier national Albert Royer de Dakar, doté d’une unité de soins ambulatoires pour enfants et adolescents drépanocytaires, suit une file active de plus de 4 000 patients et fait office de centre de référence national et sous-régional.

Pourquoi cette molécule-là, et pas une autre

Le choix de l’hydroxyurée n’est pas un hasard, et il indique où la production pharmaceutique africaine peut réellement commencer.

Produire localement suppose de cibler des médicaments dont le brevet est expiré et dont le procédé de fabrication est maîtrisable. L’hydroxyurée répond aux deux critères. Ce n’est pas une limite du projet : c’est sa condition de faisabilité.

S’y ajoute une caractéristique de marché. Une maladie dont 80 % des patients vivent en Afrique n’intéresse pas prioritairement l’industrie pharmaceutique mondiale, dont les investissements de recherche suivent la solvabilité. La drépanocytose figure parmi les pathologies dites négligées précisément pour cette raison.

Une production locale ne concurrence donc personne. Elle occupe un espace vacant.

Formuler n’est pas produire

Une distinction commande toute l’appréciation de cette annonce, et les sources disponibles ne permettent pas de la trancher.

Fabriquer un comprimé suppose de disposer du principe actif. Savoir si l’hydroxyurée utilisée pour le Drepaf est synthétisée au Sénégal ou importée détermine la profondeur réelle de cette souveraineté pharmaceutique. Formuler un médicament à partir d’un principe actif acheté à l’étranger et le produire de bout en bout sont deux industries différentes.

Aucune des sources consultées ne répond à cette question. Elle mérite pourtant d’être posée avant de parler d’indépendance.

Le contexte continental

L’annonce intervient dans une séquence marquée par plusieurs signaux convergents.

Au sommet extraordinaire de l’Union africaine sur la santé, tenu à Accra les 21 et 22 juillet 2026, le président ghanéen John Dramani Mahama rappelait que l’Afrique importe environ 70 % de ses médicaments, plus de 90 % de ses équipements médicaux et plus de 99 % de ses vaccins.

Dans le même temps, le financement extérieur se contracte. Gavi réduit son engagement au Nigeria, d’environ 261 millions de dollars décaissés en 2025 à quelque 100 millions par an. L’Union européenne débloque 2,3 millions d’euros face à une épidémie de choléra touchant six pays.

C’est cette conjonction qui donne au Drepaf sa portée : non pas une percée technologique, mais la démonstration qu’un pays africain peut obtenir une autorisation de mise sur le marché pour un générique produit chez lui.

Quatre inconnues qui décideront de l’effet réel

Le prix d’abord. Un générique produit localement n’est utile que s’il est moins cher que l’importé — et accessible à des familles dont beaucoup ne disposent d’aucune couverture maladie.

Le fabricant ensuite. Aucune source consultée ne nomme l’unité de production sénégalaise ni son actionnariat.

Le volume. La capacité de production détermine si le médicament couvre les besoins nationaux, sous-régionaux, ou seulement une fraction.

L’homologation régionale enfin. Une autorisation sénégalaise ne vaut pas dans les pays voisins. C’est précisément l’obstacle que l’Agence africaine du médicament est censée lever, et son état réel d’opérationnalité reste à établir.

Un médicament ne suffit pas

Le Sénégal mène depuis 2011 une politique structurée sur cette pathologie, appuyée notamment par un accord de coopération signé avec la Principauté de Monaco le 30 décembre 2014 et complété en 2017. Un programme de dépistage néonatal est conduit à Saint-Louis avec la Fondation Pierre Fabre.

Le Drepaf s’inscrit donc dans un dispositif existant — dépistage, centre de référence, formation des sages-femmes. C’est cette continuité, bien plus que l’annonce isolée d’un comprimé, qui déterminera l’effet sur la mortalité infantile.

Un traitement disponible en pharmacie ne vaut que s’il existe un diagnostic qui l’indique, un praticien qui le prescrit et une famille qui peut le payer. Le Sénégal a construit les deux premiers. Le troisième reste ouvert.

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