RDC : les affrontements entre M23 et armée rwandaise terrorisent les populations

Les habitants de Kanyabayonga vivent dans la peur depuis le début du conflit au nord du chef-lieu provincial Goma.

C’est dans une plantation de café sur les hauteurs de Kibirizi, qu’Innocent et son ami Germain ont été attaqués. A l’hôpital décati non loin de la ligne de front, Innocent se rappel de ce jour qui a été fatal pour son compagnon. Sous ses yeux, le matin de mercredi 1er mai, Germain a été égorgé au couteau par des hommes « en tenue de M23 ». Il s’en sort avec le cou taillé. Après le départ de ses agresseurs, Innocent grimpe, saignant et traumatisé la colline qui lui permet de rejoindre la zone gouvernementale. Une dizaine de jours déjà que le jeune de 30 ans reprend des forces dans un hôpital de Kanyabayonga, la dernière ville avant le « front nord » entre la rébellion et les forces armées de la RDC (FARDC). Une révolte appuyée par une coalition de groupes armés, connus sous le nom « wazalendo », qui veut dire « patriotes » en swahili.

Les yeux perdus dans les vagues, Innocent se remémore du début de ce conflit et des promesses que leur faisaient les rebelles. « Quand les M23 sont arrivés à Kibirizi, ils ont tenu un meeting et nous ont assuré que nous étions en sécurité », confie-t-il, assis devant le bureau du directeur de l’hôpital. Innocent et son compagnon assassiné sont accusés par les rebelles d’appartenir à un groupe de miliciens qui leur avaient tendu une embuscade. « Ils nous soupçonnaient d’être des traîtres et d’avoir facilité l’entrée des wazalendo dans la cité », déclare Innocent. Pour les mêmes raisons, plus d’une centaine de personnes ont été tuées en 2022 dans le village de Kishishe, une localité située à une dizaine de km au sud de Kibirizi. Des décès dont la responsabilité est attribuée au M23 après des enquêtes de l’Organisation des Nations Unies (ONU).

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Les combats atteignent déjà le centre du pays. Les obusiers tirés par les FARDC détruisent les maisons et ôtent la vie aux habitants. Des destructions que l’un des colonels du FARDC considère comme des « dégâts collatéraux ». « Nous vivons la peur au ventre », confie Chrisostome Kasereka, le maire de Kanyabayonga. Ce dernier craint que sa ville soit bombardée comme ça été le cas quelques jours plutôt à Mugunga une périphérie de la capitale Goma. L’attaque a tué entre 15 et 35 déplacés. Une anxiété due au fait que sa ville sert d’asile à des dizaines de milliers de déplacés qui fuient les combats et les crimes du M23. Posté sur une colline qui mène au quartier général du groupe en retrait du front, un colonel condamne le traitement attribué aux militaires qui n’ont ni bottes, ni uniformes. Selon lui, ces derniers ne reçoivent pas de rations et sont démoralisés. Pour l’homme, les détournements sont les raisons de la continuité de ce conflit. « S’il y avait moins de détournement d’argent dans l’armée, les FARDC ne devraient même pas avoir besoin des wazalendo », déclare-t-il.

Ces dernières semaines, trois obusiers sont tombés autour de Kanyabayonga, mais elles n’ont pas fait de victimes. Les responsables de la société civile de Kibirizi, de Kanyabayonga et de Kishishe accusent certains officiers FARDC de « faciliter le passage aux rebelles ». « Chaque jour, des camions remplis de militaires arrivent ici », raconte un des responsables de la société civile. Au mois de mars, des officiers ont été rappelés à Kinshasa pour enquête. Et depuis quelques temps certains d’entre eux sont de retour dans la ville. Pour Innocent, la tolérance est la cause de la persistance de ce conflit en RDC. « L’impunité, c’est ça qui fait que ça ne marche pas dans notre République », avance le trentenaire attristé.

Sonia Feugap avec AFP