Nigéria : un film à la mémoire de Funmilayo Ransome-Kuti

La réalisatrice et productrice Bolanle Austen-Peters rend hommage à la mère de Fela Kuti, une grande figure militante et avant-gardiste pour les droits des femmes dans son pays.

 

Dans ce long métrage d’une heure et trente minutes qui sort ce vendredi 17 mai 2024, la réalisatrice et productrice Bolanle Austen-Peters salue la mémoire de Funmilayo Ransome-Kuti, la pionnière du féminisme au Nigeria. « A l’école, on apprend qu’elle était la première femme à conduire une voiture au Nigeria, mais elle représente tellement plus que cela », a déclaré la réalisatrice. Le biopic démarre par la défenestration de cette vieille dame par des soldats venus mettre à sac puis incendier la résidence de son fils, le musicien contestataire roi de l’afrobeat Fela Kuti, en 1978. Elle décèdera d’ailleurs à la suite de ses blessures.

Le tournage se concentre sur la première lutte de cette enseignante, au début des années 1950 où elle obtient la fin de la taxation par le roi traditionnel des femmes du marché d’Abeokuta, une ville située à une centaine de kilomètres au nord de Lagos, la capitale économique et culturelle du pays. Funmilayo Ransome-Kuti est une femme qui a mené de nombreux combats en faveur des femmes. Des luttes qui entrent dans l’histoire du pays. « Elle s’est dressée contre les autorités traditionnelles, qui étaient extrêmement puissantes, mais aussi contre le gouvernement colonial », affirme la réalisatrice.

Pour la “lionne de Lisabi”, il était important à cette époque que la voix de la femme compte. Une lutte qu’elle gagne finalement en 1960. Cette année elle réussit à obtenir que les classes défavorisées soient éduquées. « A une époque où les médias sociaux n’existaient pas, elle a rassemblé plus de 10.000 femmes de différents endroits de l’ouest du Nigeria pour assiéger le palais du roi » explique Bolanle Austen-Peters. Le film laisse comprendre que tout ce que veut cette femme c’est de changer le monde dans lequel elle vit. « Le parcours de cette féministe et anticolonialiste nous inspire à vouloir changer le monde et à contribuer à la société », confie Bolanle Austen-Peters avant de rajouter « Elle a réussi à mobiliser aristocrates et analphabètes en une seule et même famille dans une société où les classes sociales étaient irrémédiablement étanches ».

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Pour la réalisatrice, ce qui lui donne encore des frissons quand elle pense à ce film, c’est la scène dans laquelle 600 actrices et figurantes assiègent sous le soleil le palais du roi pour « prendre le pouvoir ». Un moment qui l’a amené à pleurer pour la première fois lors d’un tournage. En créant Terra Kulture il y a vingt ans, l’ancienne avocate a le désir de promouvoir la culture nigériane à travers le cinéma. Elle a commencé par des comédies musicales, un genre qui n’était pas vraiment utilisé dans son pays. Toutefois deux de ces comédies (Wakaa et Saro) ont été jouées à Londres. Quelques temps après, elle s’est lancée dans la production et la réalisation de films. Aujourd’hui, Terra Kulture est un lieu de formation pour de jeunes aspirants professionnels du spectacle.

A 55 ans Bolanle Austen-Peters est une figure incontournable de l’industrie nigériane du divertissement, qui a coproduit plusieurs films Netflix. Le long métrage qui commence par une scène dramatique va donc être projeté pour dans les salles nigérianes demain 17 mai.

Sonia Feugap avec AFP