Afrique de l’Ouest : le Niger accuse le Bénin du “kidnapping” de cinq de ses citoyens

Le gouvernement béninois de son côté reproche aux ressortissants nigériens d’avoir pénétré dans le port de Sèmè-Kpodji sans révéler leur identité.

Samedi, la junte militaire du Niger, par le biais de son Premier ministre, a accusé le Bénin d’avoir “enlevé” cinq de ses citoyens en mission dans le pays. Cette équipe de la société pétrolière chinoise West African Pipeline Company (Wapco-Niger), était en mission officielle de supervision des contrôles de chargement de pétrole du Niger dans le port béninois de Sèmè Kpodji. Aminou Hadizatou Ibra, directrice générale adjointe de Wapco-Niger, et quatre cadres de la compagnie sont les personnes arrêtées par les autorités béninoises et retenues depuis le mercredi 5 juin. « Toutes ces personnes Kidnappées et gardées en otage ont pourtant pris un vol régulier en remplissant toutes les formalités aéroportuaires au départ de Niamey comme à l’arrivée à l’aéroport international Cardinal Bernadin Gantin de Cotonou », indique le communiqué du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) publié samedi.

Face à cette situation, le Niger affirme son engagement à prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la libération de ces citoyens. Il accuse le président béninois Patrice Talon de multiples violations des accords sur le transport du pétrole nigérien. Les autorités tiennent le président béninois pour seul responsable de toute atteinte à l’intégrité physique et morale de ses personnes retenues sur son territoire. Du côté du Bénin, l’on fait savoir que ces ressortissants nigériens se sont “introduits sur le site sans révéler leur identité” et “au moins deux” d’entre eux sont des agents nigériens travaillant pour le régime de Niamey, ayant “fabriqué pour l’occasion de faux badges d’employés de Wapco-Niger”.

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Les groupes de la société civile et les syndicats du Niger, ont signé une déclaration conjointe pour dénoncer ce qu’ils qualifient d’ « enlèvement » et de « séquestration » de concitoyens membres de WAPCO Niger. Ils exigent la libération immédiate et inconditionnelle des personnes concernées. De plus, ces signataires annoncent la formation des comités de surveillance et de réponse dans les quartiers, ainsi que l’organisation de manifestations de soutien au CNSP le vendredi 21 juin dans tout le pays.

Depuis le coup d’État à Niamey, les relations entre les deux pays voisins sont tendues et évoluent vers une confrontation autour de l’ouverture de leur frontière commune. Ceci passe aussi par le chargement du pétrole nigérien dans les eaux béninoises au port de Sèmè Kpodji. Le différend s’est s’accentué depuis l’inauguration en novembre de l’oléoduc géant géré par Wapco, une filiale de la compagnie nationale chinoise du pétrole CNCP. Malgré la levée des sanctions régionales qui avaient été imposées pendant plusieurs mois après le coup d’État, Niamey a réouvert sa frontière avec le Nigeria mais refuse de faire de même avec le Bénin. Actuellement, seul le pétrole produit au Niger et transporté au Bénin par pipeline peut traverser cette frontière.

Sonia Feugap avec AFP