Afrique : les start-up se concentrent sur les besoins souvent ignorés du continent

Ces jeunes entreprises explorent toutes les possibilités pour répondre aux besoins locaux. Ceci dans divers domaines de la vie.

Il y a trois ans, Jean-Charles Mendy a lancé une application qui permet à la diaspora sénégalaise de gérer efficacement les envois d’argent à leurs proches restés au pays. Cette plateforme donne l’occasion aux utilisateurs de régler directement les factures d’électricité, de télécommunications, ou d’offrir des bons d’achat utilisables dans les supermarchés. Cette stratégie facilite le soutien financier aux familles à distance. « Le marché de l’envoi d’argent par les Africains de la diaspora est énorme », déclare l’entrepreneur sénégalais de 40 ans, à l’AFP. D’après la Société financière internationale, une branche de la Banque mondiale, les start-ups numériques en Afrique sont en plein essor et affichent l’une des croissances les plus rapides au monde, notamment dans le domaine des paiements mobiles. Cependant, cette expansion est inégalement répartie sur le continent, avec une adoption numérique encore faible dans certaines régions et des difficultés d’accès aux financements, ce qui rend l’écosystème fragile.

Selon le fonds Partech, en janvier dernier, les investissements dans le secteur technologique africain ont atteint 3,5 milliards de dollars (3,2 milliards d’euros) en 2023, soit une baisse de 46% par rapport à l’année précédente. De plus, le nombre d’investisseurs actifs a chuté de moitié, comparé à 2022. Lors du salon Gitex de la technologie et des start-up africaines, à Marrakech, au Maroc, l’entrepreneur a expliqué dans quel contexte sont mis en place leurs travaux. « Si vous n’êtes pas Sénégalais, vous n’imaginez pas que c’est une problématique. Toutes les solutions mises en place sont une combinaison de solutions européennes utilisées pour répondre à un besoin africain, grâce à la tech », explique-t-il.

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Lorsque la start-up tanzanienne Maua Mazuri a vu le jour en 2020, les investisseurs occidentaux étaient perplexes face à la nécessité exposée par l’entreprise. Bennie Mmbaga, âgé de 28 ans et responsable des investissements, relate que l’entreprise utilise la biotechnologie pour améliorer les rendements des bananeraies. Sa start-up aide 1.000 agriculteurs avec des semences résistantes. « En Afrique de l’Est, les bananes sont utilisées pour tout, et si la Tanzanie dispose d’une des plus grandes superficies de bananeraies au monde, les rendements tombent loin derrière d’autres pays et sont affectés par un virus qui sévit depuis 2020 », explique-t-il.

Les technologies de la santé émergent aussi comme un secteur prometteur en Afrique, notamment dans un contexte où plus de la moitié des 1,4 milliard d’habitants vit dans la pauvreté et n’a pas accès à une couverture médicale adéquate. Cette donnée est de la Commission économique pour l’Afrique des Nations Unies (CEA). Renee Ngamau est co-fondatrice de Checkups, une entreprise qui déploie des équipes médicales jusqu’aux régions éloignées du Kenya et de Juba, au Soudan du Sud. Grâce à son application mobile, les patients peuvent bénéficier d’une couverture médicale abordable, sans restriction liée à l’âge ou aux antécédents médicaux. Ils ont aussi un accès à des micro-prêts auprès d’une banque partenaire.

Sonia Feugap avec AFP